Voir Imilchil et pleurer !

La légende veut qu’au Nord d’Imilchil, distants de quelques kilomètres, les deux lacs, Isli et Tislit, sont remplis d’eau provenant des larmes de tristesse de deux amoureux empêchés de vivre pleinement leur relation amoureuse.

J’ai toujours souhaité visiter Imilchil. Cette bourgade nichée dans le haut Atlas, hors des circuits convenus. Mes nombreux périples dans ce pays ne m’y avaient jamais conduit. Cette fois a été la bonne.

J’ai visité Imilchil. A dire vrai, je n’ai fait que la traverser. Le coeur serré.

N’y allons pas par quatre chemins. Posons la question qui fâche. Comment se fait-il qu’Imilchil soit à ce point pauvre et misérable ? Comment un territoire à la beauté époustouflante, aux paysages merveilleux et diversifiés, peut-il abriter des populations aussi démunies, aussi manifestement malheureuses ?

Et puis une autre question. Pourquoi la légende qui entoure cette localité n’a-t-elle pas réussi à en faire une capitale mondiale de l’amour ? Si Shakespeare était passé par là, s’il avait pris connaissance de la légende des deux amoureux d’Imilchil, il y aurait peut-être placé son Roméo et Juliette.

Imilchil aurait peut-être ravi à Vérone l’italienne la place de capitale universelle de l’amour.

Mais Imilchil n’est pas Vérone. Les peuples vivent de récits, se nourrissent de mythes, de légendes, pourquoi pas à Imilchil ?

Si le PIB annuel par tête du marocain est de 7000 $, quel est celui de l’habitant d’Imilchil ? Je n’ai même pas envie de chercher. La réponse saute aux yeux. Pas besoin d’aller chercher dans les statistiques. Les écarts, le fossé, avec le reste du pays sont éclatants.

Un festival. Un Moussem des fiançailles. Des émissions de télévision, des documentaires, des études, du folklore. D’accord. Il y a tout cela. Mais personne ne s’y trompe.

Personne à Imilchil n’a l’air de profiter de tout ça. La pauvreté est visible à l’oeil nu. Les cafés chaotiques alternent avec des magasins hideux, les ruelles emplies de déchets faisant seulement le bonheur des chiens errants, les constructions inachevées. Tout révèle un état de délabrement social affligeant, une perte d’âme lamentable !

Je ne parlerai pas des femmes qui ploient sous le poids de la corvée du bois. Je ne parlerai pas des hommes assis toute la journée à attendre ce qui ne viendra pas. De ces visages endurcis tour à tour par le soleil l’été et par la neige l’hiver.

J’ai parlé par contre avec des enfants, des garçons et des filles. Hassan ne sait pas quoi faire plus tard. Rquia veut devenir institutrice. Ils sont beaux tous les deux. Ravissants, avec des yeux qui crient l’intelligence. Ils attendaient un de ces cars jaunes qui sillonnent le territoire pour les conduire à l’école censée aiguiser leur intelligence. J’ai parlé à Hamid qui est inscrit à la faculté d’anglais à Marrakech. Mais ne sait pas où cela peut le conduire. Lahsen, quant à lui, a abandonné la ville pour rentrer chez lui. Le bâtiment dans les grandes villes ne va pas bien en ce moment. Alors il attend les jours meilleurs.

Tout le long de la route, le territoire est parsemé d’antennes permettant une excellente couverture 3G. J’en profite pour me connecter. Les nouvelles ne parlent que de ces milliers de jeunes marocains qui ont risqué leur vie pour aller voir ailleurs, aller chercher l’avenir meilleur !

Que c’est loin Sebta pour tous ces jeunes, adolescents et enfants d’Imilchil !

Plus loin, une fois retourné dans l’autre Maroc, dans un café, j’entends les conversations entrecoupées de phrases du type :
Mabqawch ouled ennass – Il n’y a plus les gens de bonne famille.
Makayn tiqa – Il n’y a plus de confiance.
Makaynch li yekhdem – Plus personne ne veut travailler.
Mchaaa lmaaqoul – Le sérieux s’est perdu.Had lmaghrib haka dayer – Ce Maroc est ainsi fait.

Mais de qui parlent-ils ? De quel Maroc s’agit-il ?

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