Ibn Toumart, Fatiha, Iguiliz

En rédigeant le 14ème épisode de mes Héritages, ma décision était prise. Je ne pouvais tout de même pas écrire sur un sujet qui s’est déroulé, certes il y a mille ans, à moins de trois heures de route de chez-moi sans que je prenne la peine d’aller visiter le lieu où cela s’est déroulé.

Iguiliz, lieu de naissance d’Ibn Toumart, la personnalité la plus marquante de notre histoire, m’a donc lancé un appel.

Avec l’aide de Google, tout s’est bien passé. Le déplacement a pris une journée, 300 km de route pour l’aller et retour en voiture et 14 km à pied.

A 7:30 j’ai pris le départ d’Agadir, le thermomètre de la voiture affichant une température de 20°. 

Sur la route j’ai écouté l’émission matinale de France Culture consacrée à la rentrée des classes, les invités étaient les auteurs d’un livre auxquels on posait la question de savoir si le diplôme avait encore une valeur … Vaste sujet.

La route est bonne, dégagée, plate, droite puis se met à s’élever et la température aussi.

A 10:00 j’arrive à Souk Larbaa Magnoun, le thermomètre affiche 30°, dernière étape en voiture avant d’entamer la montée à pied. Je m’assure du lieu où ranger la voiture pour la journée avec l’avis très favorable de deux personnes âgées qui n’ont rien raté de mes manœuvres. 

J’ai commencé par suivre la piste qui monte vers ma destination. Les travaux d’aménagement de la route sont en cours, les gros engins sont à l’oeuvre, boues et poussières n’arrivent pas à me décourager, je joue au chat et à la souris avec eux en osant quelques raccourcis, parfois risqués pour mon âge.

Au bout de 45 minutes, j’arrive à une bifurcation qui indique la destination (en caractères arabes, un site web de tourisme pour français a fait la remarque) et l’étape intermédiaire Tifguit.

Sur le chemin de plus en plus escarpé, une série d’arganiers. La plupart sont dans un état de souffrance, sécheresse et période obligent.
Mais j’en remarque tout de même un qui se porte beaucoup mieux. Il est bien enraciné, mieux placé auprès de la rivière asséchée. Comme l’être humain quand il se rapproche de la rivière des connaissances et s’en abreuve.

A 10:50 j’arrive à Tifguit. Juchée sur la colline qui serait magnifique au printemps avec ses cultures en terrasse.
Pas beaucoup de monde. Un garçon avec sa tenue du Barça, comme cela devient habituel dans toutes les contrées de la planète. Il est au courant du départ de son idole, mais ne veut pas faire de commentaire.

Et c’est à ce moment qu’apparaît celle qui va m’accompagner sur une bonne partie de mon trajet.
Fatiha, elle s’appelle, elle n’a pas d’âge. Quand je lui ai posé la question, elle m’a répondu qu’elle ne savait pas. Par coquetterie ? Je ne crois pas. Elle ne sait pas tout simplement et ça n’a pas l’air de la déranger. En tout cas elle avait la force de porter sur son dos la charge de brindilles pour ses chèvres.
Elle a trois enfants dont l’aîné travaille à Casablanca, les deux autres vivent encore avec elle. Je n’en saurai pas plus. Elle tient à m’accompagner pour que je ne me perde pas. Ma langue chelha ne lui semble pas rassurante. Elle dépose son fardeau et me montre de la main le chemin à suivre en me laissant passer devant. Une belle maison est remarquable, construite en briques à l’ancienne. Je lui demande à qui appartient cette belle maison, elle me répond que ce sont des Nsara (chrétiens – étrangers – européens) qui l’ont construite. 
J’ai appris plus tard qu’il s’agit des équipes d’archéologues qui viennent y séjourner quand ils travaillent sur les fouilles.

Fatiha partage mon avis : cette maison est très belle. Je lui dis pourquoi est-ce que quand Nsara font quelque chose c’est souvent plus beau que ce que nous faisons. Elle me répond sans réfléchir :  C’est Dieu qui l’a voulu ainsi !

Le moment de nous quitter est arrivé. Rassurée sur le risque zéro de me tromper, elle se retourne et s’apprête à partir. Je lui demande si je peux la prendre en photo. Son visage s’assombrit. Refus catégorique. Puis elle retrouve son sourire et prononce cette phrase cruelle : Hna ghir Chlouh – nous ne sommes que des chleuh (amazigh). D’où vient cette mésestime de soi, est-ce vrai ou seulement feint ? 

Ce serait bête de se poser la question : qu’aurait pensé Ibn Toumart de cette réponse. Lui qui était parti d’ici pour explorer le monde et les idées avant de lancer son mouvement qui allait étendre son rayonnement sur le territoire le plus étendu de l’histoire de ce pays.

Fatiha, qui n’a jamais quitté son village natal, ne savait rien de cet illustre ancêtre. 

Je la quitte et reprends la montée qui me conduit, enfin, à Igîlîz, à 1360 m d’altitude, un site qui s’est caché durant mille ans avant sa découverte en 2004.

Je me suis mis à rêver de ce lieu transformé en véritable site historique, avec son musée, son auditorium, son restaurant et surtout les indications et les informations les plus utiles pour en comprendre l’importance.

Époustouflant ! Emouvant ! Les vestiges, les paysages. Les sentiments de fierté, de gratitude, de motivation, de confiance, se bousculent dans ma tête. Mon dessein est tracé, revenir et inviter nos jeunes à visiter ce lieu magique plein d’histoire. La température avait grimpé à 39° et moi je commençais ma descente vers chez moi…

Pour en savoir plus sur ce site historique, deux sites web (yabiladi ; Casa Velazquez) et la vidéo ci-dessous :

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